Jan 2, 2007

[Ears openers] I. Franco Corelli

Le plus beau,
le plus fort,
le plus grand.

Si!




Né à Ancône le 8 avril 1921 d'un ouvrier des chantiers navals, le petit Dario Corelli (son véritable prénom) se destine très tôt à la carrière d’ingénieur naval (à Ancône, capitale de la région des Marches, il n’existe guère d’autre salut) et effectue ses études à l’université de Bologne.
A 26 ans, il commence à fréquenter les conservatoires de Pesaro et Milan et quasi-autodidacte, perfectionne sa technique en écoutant inlassablement des enregistrements d’Enrico Caruso et Beniamino Gigli.

En 1951, il gagne le concours du Mai Musical de Florence, ce qui lui permet de faire ses débuts au festival de musique de Spolète le 26 août de la même année, dans le rôle de Don José (Carmen).

Dès lors, sa carrière est lancée.




Sa voix puissante et chaude est caractérisée par un vibrato qui ne plaît pas à tout le monde selon la formule de E. Stinchelli dans Le Stelle della lirica (Gremese Editore, Roma, 1986).
De même, les « sanglots » dont il parsème son chant suscitent un magnétisme viscéral ou des critiques acerbes. Personnellement, j’y suis particulièrement sensible tant son interprétation vocale est animale et captivante, pour reprendre les termes d’un critique lors de ses débuts au MET le 27 janvier 1961 avec Leontyne Price dans Il Trovatore de Verdi.



Parmi les instants phares de sa carrière, il faut retenir La Battaglia di Legnano, donnée à la Scala en 1961, en commémoration du centenaire de l’unité italienne (enregistrement live à posséder absolument) et les Don Carlo donnés au MET au début des années 60.

Malgré sa présence virile et héroïque sur scène, et son physique remarquable (trouvez moi un ténor à la beauté plastique plus parfait que Corelli, franchement), il souffre d'un trac terrible ; «On devait le pousser sur scène» (Renata Scotto).

Il fait partie de la distribution de ce Norma resté dans les annales de l’opéra, donné à Rome le 2 janvier 1958, au cours duquel la Callas quitte la scène définitivement à la fin du 1er acte, sous le regard impuissant du président de la république italienne de l’époque, Giovanni Gronchi.


Il a chanté avec toutes les grandes cantatrices de son temps, Maria Callas bien sûr (enregistrement magnifique de Norma en CD) , mais aussi Renato Scotto (Turandot de Puccini en CD), La Tebaldi (La Gioconda d'Amilcare Ponchielli en CD), Anita Cerquetti hélas oubliée (Norma disponible en CD), Birgit Nilsson (déjà dans la distribution du Turandot précédemment évoqué, également dans Aida disponible en CD), Elizabeth Schwarzkopf (Hercules d’Haendel version live à la Scala de 1958 en CD), Régine Crespin (Il Trovatore chanté en 1959 à Lisbonne, à ma connaissance non disponible en CD) , Leontyne Price (Il Trovatore version live de 1962 disponible en CD dirigée par Karajan, dans laquelle il chante l’air de la 3e partie « Ah !si, ben moi » à la perfection), Joan Sutherland (Les Hugenots de Meyerbeer chantés en italien en CD, ou Faust de Gounod en CD où Corelli est un Faust à tomber), Christa Ludwig (présente dans la distribution du Norma avec la Callas que j’ai déjà mentionné), Marilyn Horne (Carmen à Philadelphie en 1962, non édité en CD), Mirella Freni (Cavalleria Rusticana de Mascagni en CD).

Il cesse de chanter sur scène en 1976, à 55 ans, alors que sa voix est perdue. Il meurt le 29 octobre 2003 à Milan, où il est enterré au Cimitero Monumentale (l’équivalent milanais du Père Lachaise).

"We have lost one of the greatest tenors of the world. One of the greatest tenors of the century. He was the most serious of his profession, and he was a great interpreter who made great sacrifices for his career" Carlo Bergonzi.




Autres CDs indispensables :

Don Carlo de Verdi, La Forza del Destino de Verdi (version live de 1958) dirigée par Francesco Molinari Pradelli avec Renata Tebaldi, Ettore Bastianini, orchestre du théâtre San Carlo de Naples, en DVD (si si !), Andrea Chenier de Giordano.



Bio on the web:

Franco Corelli: Tenor of the Century by Joern H. Anthonisen; Forum Opéra, Wikipedia.




Extraits YouTube :
Andrea Chénier concert Tokyo 1971, avec Ettore Bastianini dans La forza del destino (sublime extrait), autre extrait de La Forza del Destino avec Ettore Bastianini (toujours aussi sublime) .


Extraits audio:

Adriana Lecouvreur de Francesco Cilea; Carmen, La fleur que tu m’avais jetée (chantée en italien), 1954; Core n’grato (live).






Liste complete de toutes les représentations chantées par Franco Corelli, de tous les enregistrements (opéras, récitals et autres) ici.




3 comments:

virgile said...

Beaucoup des critiques de Corelli devraient reécouter Norma avec Maria Callas, où il faut bien reconnaître qu'il est le seul ténor à pouvoir apporter la réplique au génie que cette cantatrice déploie dans cet enregistrement de rêve. Je frissonne rien qu'à penser qu'EMI aurait pu ne pas leur demander de le faire. C'est tout simplement le plus fabuleux que j'ai entendu.

Extatic said...

Nous voici totalement d'accord!
Pour moi, c'est le seul enregistrement indispensable de Norma.

Son "Moriamo insieme" (dernière scène) est un de ces extraits opératiques essentiels que je garderai toute ma vie.

Fidèle said...

Comment pouvez-vous sérieusement écrire que la voix de Franco Corelli était perdue en 1976 ? C'est par perfectionnisme tatillon et par fatigue de devoir lutter contre un trac abominable que ce ténor s'est retiré. Il a d'ailleurs déclarer : " Je me suis retiré trop tôt de la scène ". Les live de Torre Del Lago 1976 rendent caduques votre affirmation sur le sujet. Et même lors de ses concerts d'adieu en 1981, il y avait encore de quoi faire !