Apr 17, 2008

[Rigoletto] I. Le roi s'amuse





Le livret de l'opéra de Verdi, mis en forme par l'habituel compère Francesco Maria Piave dès 1850, est une adaptation "autorisée" de la pièce controversée de Victor Hugo, Le Roi s'amuse, dont la première eut lieu le 22 novembre 1832 au Théâtre Français (ancienne dénomination de la Comédie Française).

Le lendemain de la première, Armand-François Jouslin de La Salle, directeur gérant du Théâtre Français (1833-37), est sommé par le baron Taylor, commissaire royal du théâtre (1825-30, 1831-38), qui est parallèlement en train de ramener l'obélisque de Louxor à Paris (place de la Concorde), d'arrêter les représentations du Roi s'amuse.
"Il est dix heures et demie, et je reçois à l'instant l'ordre de suspendre les représentations du Roi s'amuse. C'est M. Taylor qui me communique cet ordre de la part du ministre.
Ce 23 novembre.", écrit Jouslin de La Salle à Hugo.
Les choses s'aggravent encore le lendemain, puisque de "suspendue", la pièce passe au statut de "défendue". Un procès sera même intenté au théâtre, fin 1852, au cours duquel Hugo lui-même plaidera la cause de la liberté d'expression.

Les principaux reproches faits à la pièce sont que les moeurs y sont outragées et la figure du roi de France offensée ; en 1832, Louis-Philippe (cousin de feu Louis XVI) a rétabli la monarchie depuis deux ans.
Face aux mêmes critiques de la censure autrichienne* dès 1844, puis à nouveau début décembre 1850 (bien qu'un contrat ait été signé avec la Fenice) avec la 1ère version officielle du livret (La Maledizione), Verdi et Piave se voient dans l'obligation de refondre l'histoire.
Piave et la direction de la Fenice proposent quelques mois plus tard Le Duc de Vendôme, version acceptée par la censure mais violemment rejetée par Verdi. Dans cette version en effet, plus de souverain débauché, plus de bossu, plus de malédiction, pas plus que de cadavre dans un sac à la scène finale.
Piave et Marzari, un des directeurs de la Fenice, retravaillent l'intrigue et proposent enfin la version définitive du livret en janvier 1851, dans laquelle l'action a été déplacée de la cour de France vers un duché indépendant, avec modification du nom des personnages (François 1er devient le duc de Mantoue, son bouffon Triboulet Rigoletto, et la fille de ce dernier, Blanche, sera Gilda; enfin Saint-Vallier devient Monterone).
Toute référence à Victor Hugo, trop révolutionnaire, est ainsi bannie, jusqu'au titre de l'ouvrage, Rigoletto, que Piave a récupéré d'une parodie de la pièce de Hugo.

La partition sera achevée une semaine plus tard.


Drawing of Triboulet by Victor Hugo himself
Triboulet
(1479-1536) actually existed for real.
He is described by Rabelais as "
Proprement fol et totalement fol, fol fatal, de nature, céleste, jovial, mercuriel, lunatique, erratique, excentrique, éthéré et junonien, arctique, héroïque, génial"
Rabelais refers to him in his masterpiece, Pantagruel (1532)

A French satiric paper was named after him in the XIXth century (1878-1893)




The libretto of Rigoletto, written by Verdi's usual fellow Francesco Maria Piave in 1850, is an "authorized" adaptation of Victor Hugo's play Le Roi s'amuse which premiered on Nov.22 1832 at the Théâtre Français (now known as the Comédie Française).

On the very day next after the premiere, Armand-François Jouslin de La Salle, administrative director of the Théâtre Français (1833-37) is ordered by the royal commissioner of the theater baron Taylor (1825-30, 1831-38) to stop the performances of Le Roi s'amuse (the baron is preparing in the same period the transport of the obelisk from Louxor to Paris - place Concorde -).
Jouslin de La Salle writes to Hugo: "It is half past ten, and I just received the order to suspend the performances of Le Roi s'amuse. Mister Taylor has provided me with that order, that comes directly from the minister. On this 23rd of November."
Things worsen on the next day, as the status of the play is upgraded from "suspended" to "forbidden". A trial will eventually be carried on against the theater, at the end of the year 1852, during which Hugo himself will plead for the freedom of expression.

The main concerns are that the play describes depraved manners and insults the king of France ; in 1832, France is a monarchy again since 1830, under Louis-Philippe (cousin of decapitated Louis XVI - I admit the turmoil after the French revolution is a part of history not easy to follow - especially outside of Napoléon -); Louis-Philippe is the last king ever to rule this country, by the way.
Facing the same exact issues with the Austrian* censorship as early as 1844 and then again in december of 1850 (although a contract has been signed with Il Teatro La Fenice) with the first "official" version of the libretto (La Maledizione), Verdi and Piave have no choice but to change the story.

Piave and the directors of La Fenice introduce a few months later Il Duca di Vendome, a version that has been approved by the censorship but that Verdi violently rejects, arguing nothing is left from the initial story: no more flagitious king, no more hunchbacked jester, no more curse, and no more corpse in a bag at the end of the opera.

Piave and Marzari, one of the directors of la Fenice, work on the story again and introduce the final version of the libretto in January 1851. The story was moved from the French royal court to an independent duchy and the characters renamed (François 1er is now Il Duca di Mantova, his jester Triboulet becomes Rigoletto, Saint-Vallier Monterone and the daughter of Triboulet, Blanche, will be known as Gilda).
Every reference to Victor Hugo, whose name still carries too many revolutionary ideas in 1850, had to be removed, especially the title of the piece, that is now called Rigoletto (a name Piave first saw in a parody of Hugo's play and that comes from the French word "rigolo", funny).

The score will be finished one week later.



Francesco Maria Piave

Le Roi s'amuse
Drame en 5 actes et en vers, 1832
Victor Hugo

Synopsis simplifié: un père ultra-protectif (Triboulet / Rigoletto) cache sa fille (Blanche / Gilda) des mauvais garçons.
Un de ces mauvais garçons (François 1er / Il duca di Mantova) la séduit.
Le père crie vengeance mais tue sa fille à la place du mauvais garçon.

Over-protective father hides daughter from bad guys.
Bad guy seduces naive daughter.
Father wants revenge but ends up killing daughter while bad guy lives happily ever after


Reproduction complète de la préface du Roi s'amuse (édition 1832) ici, préface et texte intégral numérisés par la BNF (ainsi qu'une note ajoutée à la 5e édition en 1852 décrivant le procès et reproduisant la plaidorie de Victor Hugo).

Further reading (in English): "Hugo and Le roi s'amuse".


* Venise est sous contrôle autrichien à l'époque
* Venice is under Austrian ruling at that time

From Pensée Libre
Nothing to do with the present post, but very funny indeed, on the place of Victor Hugo in today's French culture


2 comments:

alain said...

Petit détail: Louis Philippe n'est pas le fils de Charles X !!!

Extatic said...

Merci de corriger mes approximations historiques...