Mar 10, 2007

Faust, Gounod





A l’occasion de la sortie, dans le Monde de ce samedi, du Faust de Gounod, un de mes opéras favoris ;


Charles Gounod


Créé en 1859, Faust a été traduit en 34 langues dans 45 pays et fête sa millième représentation dès 1894 (2000e en 1934); il fait l’inauguration du Metropolitan Opera de New York en 1883, et y est repris en ce moment, avec une retransmission en direct samedi prochain 17 mars à 18h30 (avec Ramon Vargas dans le rôle de Faust).




Projet présenté à l’Opéra de Paris (et refusé) en 1856, Léon Carvalho, directeur du Théâtre Lyrique accepte l’œuvre, puis se rétracte, pour finalement revenir sur sa décision en 1859.


Le livret, d’après le Premier Faust de Goethe, est commandé en 1856 par Gounod au duo Michel Carré / Jules Barbier, après qu’il ait été conquis par la pièce de Michel Carré, Faust et Marguerite, centrée autour de l’intrigue amoureuse et du sort de Marguerite.


La partition à peine achevée, en septembre 1858, les répétitions commencent au théâtre de la Porte Saint-Martin, avec Marie Miolhan-Carvalho dans le rôle de Marguerite (l’épouse de Léon Carvalho, qui obtint le rôle à la demande expresse de son mari mais qui visiblement campa une Marguerite remarquable), Emile Balanqué en Méphistophélès et Hector Gruyer, « Guardi » en Faust, dont la prestation en répétitions ravit Gounod mais dont la voix s’effondre le jour de la générale (causant le report de la première) et qui est écarté (d’aucuns devraient s’en inspirer) et remplacé par le provençal Joseph-Théodore-Désiré Barbot, élève de François Desarte, qui apprend le rôle monumental en à peine trois semaines, dont la prestation impressionne Bizet (qui considérait l’opéra maudit après les mésaventures de Gruyer) et Berlioz.
Siebel est créée par Melle Faivre, alors que Valentin est chanté par Raynal.


L’opéra connaît un succès mitigé après la première le 19 mars 1859, du fait de sa rupture avec la tradition du Grand Opéra.


La vente de la partition et des morceaux détachés, le jugement de musiciens éclairés (Berlioz, Bizet, Debussy, Busoni ou Stravinsky) et le succès de Roméo et Juliette et Mireille concourent au triomphe en 1869 (version révisée en supprimant les parties parlées entre les airs, présentes dans la partition originale, par des récitatifs ; à laquelle Gounod ajouta de plus les ballets ouvrant l’acte V), lors du retour sur la scène de l’Opéra.
La 500e a lieu dès 1886, sous la direction de Gounod lui-même.




Comment ne pas rendre grâce aux qualités musicales indéniables de la partition, au premier lieu desquelles une richissime écriture vocale, avec cinq personnages principaux balayant toutes les tessitures : Faust, ténor ; Marguerite, soprano colature ; Méphistophélès, basse ; Valentin, le frère de Marguerite, baryton ; et Siebel, mezzo, s’inscrivant dans la tradition française des travestis ?


Tous les autres ingrédients d’un grand succès sont présents dans la partition de Gounod ; une orchestration raffinée, des chœurs énergiques (« Vin ou bière » à l’acte II, « Gloire immortelle de nos aïeux » à l’acte V …), une incroyable richesse mélodique (divine cavatine de Valentin à l’acte II « Avant de quitter ces lieux » ; première rencontre entre Faust et Marguerite à la fin de l’acte II « Ne permettrez vous pas » ; air de Faust à l’acte III « Salut ! Demeure chaste et pure » ; airs de Marguerite « Il était un roi de Thulé » et le célébrissime air des bijoux à l’acte III, duo Faust/Marguerite « O nuit d’amour, ciel radieux » toujours à l’acte III ; sérénade de Méphistophélès à l’acte IV « Vous qui faites l’endormie », duo final entre Faust et Marguerite « Oui, c’est toi, je t’aime » …), des scènes de ballet (début de l’acte V), et des scènes intimes (« J’ai languis, triste et solitaire » de Faust, ouvrant l’opéra ; scènes de Marguerite à l’acte III …) rompant définitivement avec le Grand Opéra à la Française, dont La Juive (Gounod a été l’élève d’Halévy au conservatoire).


La partition a néanmoins été passablement modifiée avant la première, à la demande de Carvalho qui exigea notamment que Gounod supprime l’air de Valentin « Chaque jour nouvelle affaire » à l’acte IV, remplacé par le chœur « Gloire immortelle » que Gounod récupéra d’un opéra inachevé, Ivan le Terrible ; de même, la fameuse scène de l’église fut déplacée à la fin de l’acte IV (et supprimée lors de la première à la demande du Ministre des Beaux-Arts pour éviter toute tension avec le Vatican, dans le contexte politique houleux de l’époque).



La version présentée par le Monde ce samedi est un enregistrement live de 1973 (remastérisé par la NHK en 2007) d’une très bonne facture (à part Lorenzo Saccomani dans le rôle de Valentin, mais comment soutenir la comparaison avec Ernest Blanc en même temps), avec une mention particulière à l’orchestration de Paul Ethuin et à la prestation remarquable d’Alfredo Kraus.

Faust : Alfredo Kraus
Marguerite : Renata Scotto
Méphistophélès: Nicolaï Ghiaurov
Valentin: Lorenzo Saccomani
Siebel : Milena Dal Piva
Marthe : Anna Di Stasio
Wagner: Guido Mazzini
Chœurs et orchestre de la NHK de Tokyo
Direction : Paul Ethuin

Extrait Youtube de cette version:
Final de l'acte V





Version indispensable :











EMI Classics, 1959 version
Faust: Nicolai Gedda
Marguerite: Victoria De Los Angeles
Méphistophélès: Boris Christoff
Valentin: Ernest Blanc
Siebel : Liliane Berton
Marthe : Rita Gorr
Wagner : Victor Autran
Chœurs et orchestre du Théâtre National de l’Opéra
Direction : André Cluytens





Post réalisé à partir des textes parus dans les versions CD ci-dessus ainsi que dans le Monde 2 (p62) de ce jour et dans le livret du DVD de 1985 du Vienna State Opera dirigée par Erich Binder.





Extraits choisis de Youtube :

- scène de l'église avec Marguerite (Angela Gheorgiu) et Méphistophélès (Bryn Terfel) dans la version 2004 du Covent Garden (direction Antonio Pappano)
- « laisse ta main s’oublier dans la mienne », duo entre Marguerite (Angela Gheorghiu) et Faust (Roberto Alagna) dans la même version
- toujours dans la version de Covent Garden, extrait de l’acte I, « A moi les plaisirs », Faust et Méphistophélès

- mort de Valentin (fin de l’acte IV), dans la production de décembre 2006 à Come et Modène (Italie) avec Javier Franco (Valentin), dirigée par Philippe Auguin
- « avant de quitter ces lieux » air de Valentin (acte I) par Simon Keenlyside dans la production de 2004 du Covent Garden






3 comments:

Stéphane said...

Merci extatic pour cette merveilleuse présentation de Faust. Quelle introduction pour cet opéra que j'ai hâte de découvrir à Toulouse très prochainement!!

Extatic said...

De rien Stéphane :)

Anonymous said...

Attention, attention !!! Le Faust donné à Toulouse cette saison est une création mondiale de Fénelon et non le Faust de Gounod....